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seuls ensemble

 

Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humains

Sherry Turkle, éditions l'échappée, 523 p., 22,00€

Sherry Turkle, anthropologue et psychologue, dirige le département Technologie et autonomie du MIT. Elle étudie depuis plus de trente ans les relations qui se tissent entre l'humain et la machine, en menant des entretiens et des expériences auprès d'un large public mêlant enfants, adolescents, adultes et personnes âgées. Avec Seuls ensemble, elle signe un ouvrage passionnant et remarquablement documenté sur nos comportements sociaux à l’ère numérique.

 

Le moment robotique : nouvelles solitudes, nouvelles intimités

« Lorsqu’un robot soutient notre regard, les structures mentales dont nous avons hérité au cours de l’évolution nous font croire qu’il s’intéresse à nous. Nous sentons alors qu’un lien plus profond est possible. Plus encore, nous voulons qu’il se crée ».

L’ouvrage est scindé en deux parties distinctes qui se répondent. La première fait l'archéologie des rapports que nous entretenons avec les « robots sociaux » ; des premiers tamagoshis aux nouveaux « robots aidants » proposés pour pallier le manque de moyens dans le secteur des services aux personnes. Nous découvrons ainsi My Real Baby, une poupée qui parle et exige de l’attention, AIBO, le robot-chien qui développe une personnalité bien à lui ou encore Paro, un robot en forme de phoque créé pour réconforter les personnes âgées dans les homes.

Au fil de son enquête, S. Turkle révèle que la simulation du lien social semble souvent nous suffire et, à terme, être préférée aux interactions entre personnes. La réactivité et l’interactivité des robots offre non seulement l’impression d’avoir de la compagnie, mais également celle d’avoir affaire à un interlocuteur digne de confiance, incapable de feindre, ou de trahir notre confiance.

Nous observons ainsi douloureusement ce point de basculement où l'introduction d'un robot social dans l'environnement passe de « mieux que rien » à « mieux que tout le reste ».

Toujours connectés

« La première fois que j'ai lu, chez le philosophe Levinas, que c'est le visage qui nous permet de nous reconnaître en tant qu'êtres humains, je me souviens m'être dit que j'avais toujours pensé cela de la voix humaine. Pourtant, comme beaucoup des gens que j'étudie, j'ai été complice de la technologie pour écarter bien des voix de ma vie ».

Dans la deuxième partie, S. Turckle s'intéresse à la manière dont nous tissons nos relations dans un monde ultra-connecté. Son travail auprès des adolescents, notamment, met en lumière la façon dont les nouveaux mediums de communication sont utilisés comme recours pour éviter les interactions en tête à tête, jugées trop exigeantes et imprévisibles.

Nous fuyons de plus en plus les relations directes tout en étalant nos vies privées sur les réseaux sociaux. Mais la vie en ligne apporte elle aussi son lot d’angoisses. La « génération Facebook » est paradoxalement très consciente de l’empreinte indélébile laissée sur la toile. Tout ce qui est mis sur le web restera sur le web, sans compter que les frontières entre la vie en ligne et la vie privée sont désormais abolies. Aujourd’hui, faire « bonne impression » commence par le fait d’avoir un « bon profil » constamment mis à jour et travaillé. À force, cette pression de la représentation permanente sans possibilité de faux pas est épuisante et anxiogène.

Ce qui ressort de manière récurrente de ces entretiens, qu’ils aient été menés auprès d’enfants ou d’adultes, c’est la part de nostalgie qui les habite : si le risque inhérent à tout rapport interpersonnel effraie, chacun semble regretter le manque d’authenticité qui accompagne désormais les relations par technologie interposée. Comme le soupire Brad, l’un des adolescents interrogés, « Ça devait être bien, quand on pouvait faire la connaissance de quelqu’un juste en lui parlant ».

6e extinction

La 6e extinction. Comment l’homme détruit la vie

Elizabeth Kolbert, Vuibert, 347 p., 21,90€

La planète a déjà vécu cinq extinctions de masse, depuis l’apparition de la vie sur terre. Et nous voilà en train de vivre la sixième, sans nous en rendre compte ni nous en soucier, d’après Elizabeth Kolbert. Cette journaliste au New Yorker vient justement de recevoir le Pulitzer pour son dernier ouvrage La 6e extinction. Comment l’homme détruit la vie. Le sous-titre est évidemment important car ce qui apparaît comme notable dans l’avènement de cette nouvelle extinction, c’est l’ombre de l’homme qui se profile derrière chaque disparition d’espèces.

Si l’on peut lui reprocher de ne pas suffisamment citer les analyses divergentes – car aujourd’hui, au sein même du mouvement écologiste, certains réfutent avec force l’hypothèse d’une sixième extinction  –  cet essai n’en reste pas moins d’une pertinence et d’un intérêt fondamental pour comprendre les changements environnementaux qui accompagnent l’anthropocène.

Le livre est découpé en treize chapitres dont chacun est consacré au destin d’une espèce donnée (le mastodonte d’Amérique, le grand pingouin, etc.). Mais l’intérêt que représente cet ouvrage ne réside pas uniquement en ce catalogue raisonné des espèces disparues ou en voie de l’être. Elisabeth Kolbert profite surtout là de l’occasion pour retracer l’histoire des chercheurs et des grandes découvertes en sciences naturelles : d’Aristote à Darwin en passant par Cuvier, nous voilà ramenés à une époque où l’idée qu’un monde différent ait pu précéder le nôtre n’effleurait pas encore l’esprit.

« L’idée d’extinction est peut-être la première notion scientifique à laquelle les enfants d’aujourd’hui se trouvent confrontés. On donne à des bébés d’un an des figurines en forme de dinosaures, et les enfants de deux ans comprennent plus ou moins intuitivement que ces petites bêtes en plastique représentent en fait de très gros animaux. […] Ces quelques remarques laissent à penser que l’idée d’extinction nous semble aller de soi. Et pourtant il n’en est rien. »

De la découverte des premiers fossiles à L’Origine des Espèces, nous accompagnons les balbutiements de ces chercheurs devant accomplir la prouesse de remettre en cause l’intégralité de ce qu’ils croyaient connaitre du monde du vivant.

 

 

 

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Le prix Œdipe 2015 a été remis la semaine dernière à Philippe De Georges, pour son ouvrage Mères Douloureuses, paru aux éditions Navarin/Champ freudien.

C’est aussi l’occasion pour nous de remercier chaleureusement toutes les personnes ayant voté à la librairie !

Pour tous ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur l’auteur et son ouvrage, voici une vidéo réalisée par Laurent Le Vaguerèse, pour le Prix Œdipe : cliquez ici

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