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A livre ouvert - Le rat conteurphoto librairie Alivreouvert
Nous qui n'étions rien / Littérature étrangère
Madeleine Thien, trad. de l'anglais
Phébus, 507 pages, 24 €

thien-rienÀ Vancouver, en 1991, Ai-ming, jeune femme fuyant les répressions suite au soulèvement de la place Tian'anmen, est accueillie chez Marie, 10 ans, et sa mère. Entre elles se noue un lien très fort. En discutant avec Ai-ming, Marie se rend compte des liens qui unissent leur famille et que connaitre leur histoire commune pourra lui en apprendre plus sur son père qu'elle a peu connu. Des années plus tard, Marie se lancera dans cette quête de vérité. L'on remonte alors au temps de la Révolution culturelle quand leur deux familles étaient très liées. Jiang Kai, le père de Marie, était un pianiste célèbre tandis que son ami, le père de Ai-ming, se consacrait à la composition. Mais à l'ère du "Grand Bond en avant", la musique est une activité bien trop égoïste donc bourgeoise pour ne pas être réprimée...

Ce roman ressemble à un grand fleuve profond, puissant, plein de méandres, dans lequel il faut se laisser emporter, sans trop chercher à en maîtriser le cours. Il y a d'abord tous ces personnages modestes et attachants aux noms fleuris - Ours volant, Oiseau du silence, Ai-ming, Ba-luth, Pinson, Grand-mère Couteau, leurs vies mouvementées, entrelacées, soumises à la brutalité d'un régime autocratique. Il y a cinquante d'histoire chinoise, de la Révolution culturelle aux manifestations de la place Tian'anmen, cinquante ans pendant lesquels, sous prétexte de créer un Homme Nouveau, le régime brise les êtres, crée le malheur et les cataclysmes. Il y a la musique qui traverse tout le roman, avec une extrême érudition; la musique, cette passion qui anime tous les personnages, les fait vibrer et rester humains, et que pourtant ils ne peuvent vivre pleinement. Il est aussi question d'un manuscrit Le livre des traces, que l'on se passe de génération en génération, qui semble renfermer mille vies, fictives ou réelles, dont on sème des copies pour laisser des messages destinés aux amis partis aux camps de rééducation. Il y a de l'humour, de l'amertume aussi, du lyrisme et de l'effroi.

Madeleine Thien tisse une toile vibrante entre l'intime et le grande Histoire dans cette vertigineuse quête des origines, questionnant aussi bien le pouvoir de la musique, la force de la mémoire, la soif de liberté, que la cruauté du destin, les racines familiales, la résilience, le tout d'une écriture fluide, poétique, mélodique.