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Lectures
La mort selon Turner

Tim Willocks, traduit de l’anglais,
Editions Sonatine, 378 pages


mort-selon-turnerAfrique du Sud, aujourd’hui…
Tout le monde s’en fiche de la mort de cette pauvre fille, écrasée contre un container alors qu’elle venait d’y récupérer un reste de hamburger, affamée qu’elle était. Tout le monde… sauf Turner. Et quand Turner a décidé que le coupable aurait affaire à la justice, il vaut mieux ne pas se mettre sur son chemin.
Turner adepte du Tai Chi Chuan est un monstre de détermination, de maîtrise de soi et d’efficacité. Sur les traces de cette Land Rover rouge qui a tué la pauvresse, il part vers le nord du pays et fait face à Margot Le Roux, une femme de caractère et de poigne qui a bâti un empire financier autour d’une mine. Pourvoyeuse de travail pour toute la région, Margot Le Roux et ses sbires règnent sur toute la région et y dictent leurs propres lois.
Mais rien n’arrête Turner qui a décidé d’aller jusqu’au bout.
Dans des paysages à couper le souffle, dans le désert de sel où les lois de la survie défient l’humanisme, conduisent à la sauvagerie, Tim Willocks nous entraîne dans un roman policier passionnant et extrêmement visuel plein de scènes de bataille et de rebondissements.
Ma main à couper que cet excellent bouquin sera bientôt sur nos écrans!

 
Évasion
Benjamin Whitmer, trad. de l’américain
Gallmeister, 404 pages.

Les prisons sont là pour cacher que c’est le social tout entier dans son omniprésence banale, qui est carcéral. (Jean Baudrillard)

evasion-whitmerDans une petite ville du Colorado proche de Denver et des Rocheuses, douze détenus de la prison d’Old Lonesome s’évadent. Commence alors une course poursuite effroyable qui secoue toute la ville : gardiens, journalistes, habitants, tout le monde se lance à la recherche des prisonniers sous un blizzard impitoyable. Le directeur de la prison et nombre des gardiens qu’il a recruté sont tous membres du Klu Klux Klan, des hommes d’une grande violence.

Plus qu’un roman noir, Évasion est une réflexion sur la violence sociale et sur la condition humaine. Peut-on échapper aux déterminismes sociaux et économiques?

La parole est à Benjamin Whitmer dans une interview avec François Busnel:

«La plupart de nos choix sont illusoires. (…) Nous sommes souvent déterminés par nos origines sociales. Là où vous étiez à votre naissance, là où vous serez à votre mort. (…) Dans ce pays en particulier, notre culture n’est pas vraiment celle de la compassion. Nous sommes très fort pour juger certaines personnes surtout les délinquants, les gens qui ont commis des fautes, fait des choses que nous considérons impardonnables, nous les excluons, alors mon but c’est toujours de choisir dans chaque livre des personnages qui n’attireront pas d’emblée le lecteur, qu’il n’arrivera pas à aimer mais j’espère l’amener à comprendre leurs choix et à se dire que peut-être il peut éprouver de la compassion pour ces personnes. [...] La prison c’est une métaphore de toute la société américaine. Nous vivons dans un pays qui proclame constamment ses idées de liberté. Mais nous n’y croyons pas vraiment sauf de façon immatérielle. Nous vivons dans un pays où il y a plus de gens en prison que partout ailleurs ce qui selon toute norme raisonnable nous désignerait comme le pays le moins libre du monde. [...] La violence c’est l’Amérique. Nous, nous exportons de la violence. Notre pays est bâti sur une extermination, le génocide du peuple amérindien qui vivait ici avant et l’esclavage. Nous avons toujours été une culture violente. Un des problèmes que j’ai avec le débat sur les armes, je sais que des gens meurent à cause des armes mais la plupart sont des suicides, 60% sont des suicides et on ne parle jamais de l’autre violence qui sévit en Amérique, la violence économique. Un quart des gens de ce pays se demande s’ils vont avoir à manger ce soir, des gens qui ne peuvent pas amener leurs enfants chez le médecin. Et pour moi ça c’est la vraie violence"

Évasion se conclut sur ces dernières lignes. Peu optimistes, elles restent toutefois à méditer : Parce qu’on survit. C’est tout ce qu’il y a. Il n’y a rien dans ce monde qui vaille qu’on vive pour lui, mais on le fait quand même. On n’y pense pas, on se contente d’avancer. On survit et on espère seulement qu’on pourra s’accrocher à un bout de soi-même qui vaille qu’on survive.

 
Le sillon
Valérie Manteau,
Le tripode, 262pages, 17€, Prix Renaudot 2018

sillon-tripodeDans Calme et tranquille (2016, éditions du Tripode), Valérie Manteau qui venait de s’expatrier à Marseille, nous racontait son expérience de la violence et de la mort. En effet elle devait faire face conjointement au suicide de sa grand-mère et à la mort de ses collègues et amis de Charlie Hebdo après l’attentat perpétué par les frères Kouachy.
Dans Le sillon, la journaliste est partie s’installer à Istanbul. Elle y a rejoint un amant turc et peine à écrire un roman. Elle est impliquée dans la vie culturelle et intellectuelle locale, y fréquente entre autres Asli Erdogan.
Elle retrouve son énergie et sa hargne lorsqu’elle décide d’écrire sur Hrant Dink, un journaliste turco-arménien abattu en pleine rue, à Istanbul en 2007, devant le siège de son journal, Agos.
Entre récit d’une errance stambouliote et dénonciation des crimes féroces perpétués par le président turc Recep Tayyip Erdogan afin de museler les intellectuels de son pays, Valérie Manteau creuse son sillon d’une rive à l’autre du Bosphore et nous livre avec maestria les tribulations intranquilles de cette ville aux multiples visages où nombreux sont ceux qui se battent pour la liberté.
Je rêve de chats qui tombent des rambardes, d’adolescents aux yeux brillants qui surgissent au coin de la rue et tirent en pleine tête, de glissements de terrain emportant tout Cihangir dans le Bosphore, de ballerines funambules aux pieds cisaillés, je rêve que je marche sur les tuiles des toits d’Istanbul et qu’elles glissent et se décrochent. Mais toujours ta main me rattrape, juste au moment où je me réveille en plein vertige, les poings fermés, agrippée aux draps ; même si de plus en plus souvent au réveil tu n’es plus là.
Le sillon, un livre à la démarche « d’autofiction documentaire » comme Valérie Manteau la définit elle-même à lire absolument!

 
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